Sans tuteur efficace, votre alternant ne tiendra pas trois mois.

L’alternance fonctionne quand quelqu’un guide vraiment l’apprenti au quotidien. Pas juste pour cocher des cases administratives, mais pour transmettre le métier, corriger les erreurs, expliquer les codes de l’entreprise. Le tuteur transforme un débutant en collaborateur opérationnel. Quand il fait bien son travail, l’alternant progresse vite et reste souvent en CDI. Quand il improvise ou manque de temps, le contrat finit en rupture précoce. Ce rôle ne s’invente pas. Il s’organise, se prépare et se valorise.
L’essentiel à retenir
- Le tutorat sécurise l’intégration et réduit drastiquement le risque de rupture de contrat précoce.
- C’est un outil puissant de pré-recrutement et de transmission des savoir-faire critiques de l’entreprise.
- Pour le tuteur, c’est une première étape valorisante vers des fonctions managériales.
- Un accompagnement improvisé coûte cher : temps perdu, erreurs opérationnelles et mauvaise image employeur.
- La formation des tuteurs est souvent finançable à 100% par les OPCO, et obligatoire dans certains cas.
Le tutorat organise la montée en compétences
Beaucoup d’entreprises voient le tutorat comme une case à cocher.
Un document à remplir pour respecter le contrat d’alternance. Une contrainte administrative de plus.
C’est une erreur.
Le tutorat, c’est organiser la montée en compétence d’un futur collaborateur. Pas surveiller un jeune qui « apprend sur le tas ».
Il y a une vraie différence entre être sachant et être transmettant. Vous pouvez maîtriser parfaitement un métier sans savoir l’expliquer. Savoir faire, ce n’est pas savoir faire faire.
Le tuteur, c’est le pont entre l’école et la réalité du terrain. Il traduit les cours en gestes concrets. Il montre ce qu’on ne trouve dans aucun manuel.
Sans lui, l’alternant navigue à vue. Avec lui, il progresse vite et dans la bonne direction.
Le tutorat n’est pas un luxe. C’est la structure qui rend l’alternance rentable.
3 raisons stratégiques de structurer l’accueil de vos alternants
Un alternant mal accueilli coûte de l’argent. Un alternant bien formé en rapporte.
Fidéliser les talents avant vos concurrents
Former un alternant, c’est tester un futur salarié pendant 1 ou 2 ans. Vous connaissez déjà sa personnalité, ses compétences, sa capacité d’adaptation.
À la fin du contrat, il est opérationnel immédiatement. Pas de période d’essai floue. Pas de mauvaise surprise trois mois après l’embauche.
C’est du recrutement sécurisé. Et si vous ne le gardez pas, quelqu’un d’autre le fera. Autant que ce soit vous.
Protéger votre image employeur
Les jeunes parlent. Sur LinkedIn, sur les forums d’écoles, entre eux.
Une mauvaise expérience d’alternance fait le tour des réseaux. Une bonne expérience attire les meilleurs profils des promotions suivantes.
Votre réputation se construit aussi là. Un alternant qui se sent abandonné devient un détracteur. Un alternant bien accompagné devient un ambassadeur.
Transmettre avant que le savoir ne parte
Dans certains métiers, les techniques ne sont pas toutes dans les manuels. Elles sont dans la tête de trois ou quatre personnes expérimentées.
Le tutorat, c’est l’occasion de formaliser ce savoir. De le transmettre avant qu’il ne parte à la retraite ou vers un concurrent.
C’est particulièrement vrai dans les PME où chaque collaborateur maîtrise un pan entier de l’activité.
Étapes pratiques pour structurer l’accueil d’un alternant
Un bon tutorat ne s’improvise pas. Mais il ne demande pas non plus trois mois de préparation.
Voici comment organiser l’accueil en quatre étapes simples et efficaces.
Avant l’arrivée : préparer le terrain
Une semaine avant, prévenez l’équipe. Expliquez qui arrive, quel est son profil, ce qu’il vient apprendre.
Désignez un tuteur. Pas forcément le manager. Plutôt quelqu’un de disponible, pédagogue, qui connaît bien le métier.
Préparez un poste de travail fonctionnel. Accès informatique, badge, matériel. Un alternant qui attend trois jours ses codes perd confiance.
Jour 1 : poser le cadre
Le premier jour compte. Il conditionne tout le reste.
Présentez l’équipe. Montrez les lieux. Expliquez les règles de base : horaires, pause, qui solliciter en cas de question.
Remettez un livret d’accueil. Court, utile. Organigramme, contacts, process clés. Pas un pavé de 40 pages que personne ne lit.
Fixez une première mission simple. Quelque chose qu’il peut réussir seul en deux heures. Ça rassure.
Semaines 1 à 4 : accompagner sans étouffer
Les premières semaines, l’alternant observe, pose des questions, se familiarise avec les outils.
Point hebdomadaire avec le tuteur. 30 minutes. Ce qui va, ce qui coince, les prochaines étapes.
Laissez-le se tromper. Un alternant qui n’ose rien faire par peur de mal faire n’apprend rien.
Après 3 mois : évaluer et ajuster
Organisez un bilan. Qu’a-t-il appris ? Quelles missions l’intéressent ? Où se sent-il à l’aise ?
Ajustez le parcours. Si quelque chose ne fonctionne pas, changez. Un bon tutorat, c’est souple.
Cet échange montre aussi que vous suivez vraiment. Et ça, un alternant le remarque.
Les obligations légales du tuteur en alternance
Le tuteur n’est pas juste un collègue sympa. C’est une fonction encadrée par la loi.
Que dit le Code du travail exactement ? Qui peut être tuteur ? Quelles responsabilités engage-t-il ?
Qui peut devenir tuteur ?
Pas n’importe qui. Le tuteur doit justifier d’une qualification au moins égale à celle préparée par l’alternant. Et d’une expérience professionnelle d’au moins 2 ans dans le domaine.
Traduction : vous ne pouvez pas confier un BTS Commerce à quelqu’un qui débute.
Le tuteur peut être le chef d’entreprise lui-même, ou un salarié volontaire. Mais attention : un tuteur ne peut pas suivre plus de 2 alternants en même temps (3 si c’est le dirigeant).
Le temps dédié au tutorat est-il rémunéré ?
Oui. Le temps passé à former l’alternant fait partie du temps de travail. Le tuteur ne peut pas être pénalisé financièrement pour cette mission (source : Code du travail – article L6223-6).
Certaines entreprises versent une prime de tutorat. Ce n’est pas obligatoire, mais c’est un signal fort.
Que se passe-t-il si le tuteur ne fait pas son travail ?
L’alternant peut se plaindre auprès de son école ou de l’OPCO. Dans les cas graves, le contrat peut être rompu.
Résultat : l’entreprise perd les aides financières. Et sa réputation prend un coup.
Comment choisir le bon tuteur
Le tuteur idéal n’existe pas. Mais le mauvais choix, lui, se voit vite.
Trois erreurs classiques. Trois critères qui fonctionnent vraiment.
Erreur n°1 : désigner le manager par défaut
Le responsable d’équipe est souvent surchargé. Trop de réunions, trop de dossiers urgents.
Résultat : l’alternant attend. Il pose une question, on lui dit « plus tard ». Il se débrouille seul. Mal.
Mieux vaut un collaborateur disponible qu’un manager débordé.
Erreur n°2 : choisir la personne la plus compétente techniquement
Le meilleur expert n’est pas forcément bon pédagogue. Il sait faire, mais il ne sait pas toujours expliquer.
J’ai vu des alternants perdus face à des tuteurs brillants mais impatients. Ça ne marche pas.
Cherchez quelqu’un qui aime transmettre. Ça compte plus que 15 ans d’ancienneté.
Erreur n°3 : imposer la mission sans demander
Un tuteur forcé fait le minimum. Il coche les cases, remplit les grilles, mais ne s’investit pas.
Proposez. Valorisez. Expliquez l’intérêt. Certains salariés sont ravis de prendre ce rôle, mais personne ne le leur a jamais demandé.
Ce qui fonctionne : trois critères simples
Un bon tuteur, c’est quelqu’un qui :
- a du temps (au moins 2 heures par semaine dédiées)
- connaît bien le métier (au moins 2 ans d’expérience dans le domaine visé)
- accepte volontairement la mission
Ajoutez une formation sur les bases du tutorat. Beaucoup d’OPCO la financent.
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Outils concrets pour suivre la progression de l’alternant
Un suivi efficace ne demande pas des tableaux Excel de 50 lignes. Trois outils suffisent.
Le livret de suivi : obligatoire mais souvent mal utilisé
Chaque alternant doit avoir un livret de liaison entre l’école et l’entreprise. C’est l’outil officiel pour noter les missions, les compétences acquises, les évaluations.
Le problème ? Il est souvent rempli à la va-vite la veille de la visite du formateur.
Mon conseil : bloquez 15 minutes par mois dans l’agenda du tuteur. Juste pour mettre à jour le livret. Ça devient un réflexe.
Les points hebdomadaires : courts mais réguliers
30 minutes. Pas plus. Tous les vendredis ou lundis, selon ce qui marche le mieux.
Posez trois questions simples :
- Qu’as-tu appris cette semaine ?
- Qu’est-ce qui t’a bloqué ?
- Sur quoi veux-tu avancer la semaine prochaine ?
Pas besoin de compte-rendu formel. Quelques notes manuscrites suffisent.
L’entretien tripartite : une fois par trimestre
Alternant, tuteur, formateur de l’école. Une heure pour faire le point ensemble.
Préparez-le sérieusement. Relisez le livret, listez les missions réalisées, identifiez les axes de progrès.
C’est l’occasion de recadrer si quelque chose coince. Ou de valoriser si tout se passe bien. Dans les deux cas, l’alternant a besoin de savoir où il en est.
Faut-il digitaliser tout ça ?
Certaines entreprises utilisent des plateformes dédiées. Ça peut aider si vous gérez plusieurs alternants en même temps.
Mais honnêtement ? Un fichier partagé simple (Google Doc, Notion, même Word) fait très bien l’affaire pour commencer.
L’important, c’est la régularité. Pas l’outil.
Que faire quand ça ne fonctionne pas ?
Un alternant qui décroche, ça arrive. Un tuteur débordé aussi.
Identifier le problème rapidement évite la rupture de contrat. Voici comment réagir.
Les signes qui doivent alerter
L’alternant arrive en retard régulièrement. Il ne pose plus de questions. Ses missions restent inachevées sans explication.
Côté tuteur : il annule les points hebdomadaires, renvoie l’alternant vers d’autres collègues, remplit le livret trois jours avant la visite de l’école.
Ces signaux ne mentent pas. Intervenir maintenant coûte moins cher qu’attendre la rupture.
Organiser un recadrage sans dramatiser
Convoque l’alternant et le tuteur ensemble. Seuls, d’abord. Pas toute l’équipe.
Posez des questions ouvertes. « Qu’est-ce qui coince ? » « De quoi aurais-tu besoin pour avancer ? »
Souvent, le problème vient d’un malentendu. L’alternant pensait qu’on attendait X, le tuteur pensait qu’il savait faire Y. Clarifier suffit.
Changer de tuteur : une solution sous-estimée
Parfois, le courant ne passe pas. Aucune faute des deux côtés, juste une incompatibilité de rythme ou de méthode.
Proposer un autre tuteur sauve le contrat. Expliquez franchement : « On va tester un binôme différent, voir si ça fonctionne mieux. »
Ça ne remet personne en cause. Ça montre que vous cherchez des solutions.
Dans quel cas rompre le contrat ?
La rupture reste possible pendant les 45 premiers jours (source : Code du travail – article L6222-18). Après, elle demande un accord mutuel ou une procédure de licenciement classique.
Rompre doit rester exceptionnel. Avant d’en arriver là, impliquez l’école. Le formateur référent a souvent des solutions que vous n’aviez pas envisagées.
Et si vous rompez, documentez. Gardez une trace écrite des recadrages, des échanges, des solutions proposées. Ça protège les deux parties.
En réponse à vos questions
Quelle différence entre tuteur et maître d’apprentissage ?
Juridiquement, le tuteur accompagne un contrat de professionnalisation. Le maître d’apprentissage accompagne un contrat d’apprentissage.
Sur le terrain, la mission est strictement identique : former, guider, évaluer. Les deux suivent le même alternant, appliquent les mêmes méthodes pédagogiques, remplissent le même type de livret.
La différence est purement administrative. Elle compte pour les OPCO et les financements, mais elle ne change rien au quotidien.
La formation tuteur est-elle obligatoire ?
Oui dans la fonction publique pour les maîtres d’apprentissage. C’est une obligation légale stricte.
Dans le privé, ce n’est pas toujours imposé par la loi. Mais certaines branches professionnelles ou OPCO l’exigent pour débloquer les aides financières.
Même quand elle n’est pas obligatoire, je la recommande. Une journée de formation suffit pour poser les bases. Et beaucoup d’OPCO la financent intégralement.
Un salarié peut-il refuser d’être tuteur ?
Oui. Le tutorat ne peut pas être imposé.
Forcer quelqu’un à devenir tuteur, c’est la garantie d’un accompagnement médiocre. La pédagogie demande de l’envie, de la disponibilité, de l’engagement.
Si un salarié refuse, cherchez quelqu’un d’autre. Un tuteur volontaire vaut toujours mieux qu’un tuteur contraint.
Combien d’alternants un tuteur peut-il encadrer en même temps ?
La loi fixe un maximum de 2 alternants par tuteur. Ce chiffre monte à 3 si le tuteur est le chef d’entreprise.
Au-delà, la qualité du suivi se dégrade. Un tuteur qui jongle entre quatre alternants ne peut plus accompagner correctement personne.
Si vous avez plusieurs alternants, désignez plusieurs tuteurs. C’est la seule façon de garantir un vrai accompagnement.