Choisir le bon salarié pour la formation SST en entreprise

Vérifié par Cedric Chaneac

Vous devez former un ou plusieurs sauveteurs secouristes du travail dans votre entreprise, et la question se pose : qui désigner ?

La formation obligatoire de secourisme SST est ouverte à tout salarié de l’entreprise, sans condition de diplôme ou d’ancienneté.

Mais cette liberté apparente cache un vrai piège : un mauvais choix transforme votre dispositif de sécurité en couverture fictive le jour d’un accident du travail.

Voici les critères institutionnels et pratiques qui vous permettent de désigner les bons profils, et les erreurs courantes qui rendent le dispositif inopérant.

L’essentiel à retenir

  • Pour choisir le bon salarié vous devez à la fois suivre les recommandations de l’INRS et
  • Les critères recommandés par l’INRS portent sur les risques de l’entreprise, la nature des activités, les horaires, la répartition géographique et les situations de travail isolé.
  • Les SST désignés figurent dans un plan d’organisation des secours porté à la connaissance du personnel et noté dans un document tenu à la disposition de l’inspection du travail 

Pourquoi le profil du salarié choisi conditionne l’efficacité du dispositif SST

La formation SST est ouverte à tous vos salariés, sans condition d’ancienneté ni de diplôme. Mais c’est justement ce qui rend le choix décisif : désigner quelqu’un au hasard, c’est prendre le risque qu’il soit absent, en réunion ou inadapté au poste le jour où un collègue se blesse.

Pour comprendre l’enjeu, il faut savoir ce qu’on attend réellement d’un sauveteur secouriste du travail. Sa mission, dans le cadre fixé par le Code du travail, est double : porter les premiers secours à toute victime d’un accident professionnel, et participer activement à la prévention des risques et situations de danger dans l’entreprise ). Cette activité s’exerce en plus de son poste habituel, dans le respect des procédures internes.

Voilà pourquoi le profil compte autant que la formation elle-même. Un SST utile, c’est un salarié présent là où l’accident peut survenir, au moment où il peut survenir.

Quels critères prendre en compte pour sélectionner un futur SST?

Pour choisir le bon salarié, 2 logiques se complètent : ce que recommandent l’INRS et ce que la pratique de terrain impose. Les 2 sont indispensables.

Les critères institutionnels recommandés par l’INRS

L’INRS invite à appuyer le choix sur plusieurs paramètres concrets, propres à votre entreprise 

  • Les risques propres évalués dans l’entreprise (nature et gravité)
  • La nature des activités exercées : manutention, travaux en hauteur, risque chimique, etc.
  • Les effectifs de l’établissement
  • La répartition géographique des sites ou zones de travail
  • Les horaires : journée, nuit, week-end, horaires décalés, travail posté
  • Les situations de travail isolé, où l’organisation de l’alerte et la présence d’un SST constituent le premier maillon de la chaîne de secours
  • L’avis du médecin du travail, requis par le Code du travail pour organiser les premiers secours (source : Code du travail – article R. 4224-16)

Les critères pratiques issus du terrain

Les recommandations institutionnelles ne suffisent pas. Sur le terrain, certains éléments font toute la différence entre un SST utile et un SST « sur le papier » :

  • Présence effective et régulière sur site le jour travaillé : un salarié souvent en déplacement ou en télétravail ne peut pas intervenir
  • Motivation et volontariat : un salarié impliqué sera plus engagé, mais le volontariat seul ne garantit pas l’adéquation au besoin
  • Stabilité dans le poste : évitez de former un salarié en CDD court, en fin de carrière imminente ou sur le départ
  • Capacité à garder son calme et à agir sous pression, qualité observable par l’encadrement
  • Proximité physique des zones à risques identifiées

Intégrer le choix du SST dans l’organisation des secours

Désigner un employé pour devenir SST ne s’arrête pas à l’inscription à la formation. Une fois le ou les salariés identifiés, vous devez formaliser leur rôle et l’inscrire dans l’organisation globale des secours de l’entreprise.

Concrètement, voici ce que vous devez faire :

  • Rédiger un plan d’organisation des secours mentionnant les salariés désignés pour intervenir en cas d’urgence
  • Porter ce plan à la connaissance du personnel
  • Noter les mesures prises dans un document tenu à la disposition de l’inspection du travail 
  • Recueillir l’avis du médecin du travail sur l’organisation retenue 
  • Vérifier que la couverture est assurée sur tous les créneaux horaires et toutes les zones de travail

Bon à savoir : un salarié formé au secourisme en entreprise ne remplace pas un infirmier en service de santé au travail. L’organisation des secours doit être adaptée à la nature des risques, pas seulement à l’effectif.

Questions fréquentes des employeurs

Un salarié peut-il refuser de devenir SST ?
Oui. Aucun texte n’oblige un salarié à accepter le rôle de SST. La désignation doit reposer sur le volontariat ou, à défaut, faire l’objet d’une concertation. Imposer la formation sans accord du salarié expose l’employeur à un risque de contestation.

Faut-il un accord écrit du salarié pour l’inscrire en formation SST ?
Il n’existe pas de formulaire légalement obligatoire, mais recueillir un accord écrit est fortement recommandé. Cela clarifie les attentes de part et d’autre et facilite l’intégration du salarié dans le plan d’organisation des secours.

Puis-je désigner un salarié en CDD ou en intérim comme SST ?
Un salarié en CDD peut suivre la formation SST, mais sa présence limitée dans le temps en réduit l’utilité opérationnelle. Pour un intérimaire, la question se pose différemment : la mission étant par nature temporaire, il est peu pertinent de l’intégrer au dispositif SST permanent de l’entreprise utilisatrice.

Un salarié à temps partiel peut-il être SST ?
Oui, sans restriction réglementaire. En revanche, il faut s’assurer que sa présence couvre effectivement les créneaux à risque. Un salarié à temps partiel le matin uniquement ne peut pas assurer la couverture de l’après-midi.

Le SST bénéficie-t-il d’une prime ou d’un avantage particulier ?
Aucune obligation légale ne prévoit de prime ou de compensation financière pour le salarié SST. Certaines entreprises prévoient néanmoins une reconnaissance dans le cadre de leur politique de rémunération ou de leurs accords collectifs. C’est une décision propre à chaque employeur.

Que se passe-t-il si mon seul SST est absent (congé, maladie) ?
L’absence du seul SST de l’entreprise crée une rupture de couverture, ce qui peut constituer un manquement à l’obligation de sécurité de l’employeur. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est fortement conseillé de former plusieurs salariés, en tenant compte des rotations, congés et absences prévisibles.

Un dirigeant ou un gérant peut-il être lui-même SST ?
Oui, rien ne l’interdit. Toutefois, les mêmes critères pratiques s’appliquent : si le dirigeant est souvent en déplacement ou en réunion, sa présence effective sur le terrain sera insuffisante pour assurer une couverture réelle.

Dois-je informer le CSE du choix des salariés formés SST ?
Le CSE (Comité Social et Économique) doit être informé et consulté sur les questions relatives à la santé, la sécurité et les conditions de travail. L’organisation des premiers secours en fait partie. Il est donc recommandé d’inscrire le choix des SST et le plan d’organisation des secours à l’ordre du jour de la commission SSCT ou, à défaut, du CSE.

Bonus : erreurs fréquentes à éviter lors du choix d’un SST

Voici les pièges les plus courants que j’ai rencontrés dans des différentes entreprises où j’ai fait mes formations. Ils transforment un dispositif SST sur le papier en couverture fictive le jour de l’accident. Ne les reproduisez pas:

  • Former un salarié uniquement parce qu’il est volontaire, sans vérifier sa présence effective aux créneaux critiques
  • Négliger les horaires décalés : si personne n’est formé sur l’équipe de nuit ou du week-end, la couverture n’existe pas
  • Choisir systématiquement un responsable hiérarchique, souvent en réunion, en déplacement ou absorbé par d’autres missions
  • Ignorer les sites distants, annexes ou zones de travail isolé
  • Se fier à l’ancien ratio « 1 SST pour 10 salariés », qui ne repose plus sur aucune base réglementaire : les anciennes circulaires qui le mentionnaient sont abrogées, et la couverture doit être adaptée aux risques 
  • Confondre le minimum réglementaire – un secouriste dans certains ateliers dangereux et certains chantiers – avec une couverture réelle de l’ensemble de l’entreprise 
  • Oublier que le certificat SST doit être maintenu : un salarié formé sans renouvellement dans les délais n’est plus certifié

Le détail du renouvellement, appelé MAC SST (Maintien et Actualisation des Compétences), et de la validité du certificat est traité dans un article dédié.

Sources officielles

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Cedric Chaneac

Formateur expert en Santé et Sécurité au Travail (SST), j’accompagne les entreprises dans le développement d’une culture de la sécurité durable et adaptée à leurs activités, en alliant prévention des risques, conformité réglementaire et formation opérationnelle des équipes.